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ENTRE SES DOIGTS : INTERVIEW CARRIÈRE D’ALEXANDRE DINAUT (3/3)

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Finalement l’histoire de Pierre (et de la porte) est EXTRÊMEMENT personnelle…?

Oui, très personnelle. Ce sont mes peurs, mes angoisses, mes rêves qui sont dedans. Mes choix de vie.

Quel a été ton budget et comment tu t’es pris pour faire produire ton court ?

Le budget final s’élève à 21.000 EUR. J’ai d’abord obtenu le Défi Jeune, puis le CRRAV (aujourd’hui Pictanovo) qui m’a beaucoup aidé en termes logistique et technique. J’ai mis de l’argent de ma poche et j’ai aussi eu l’aide de particuliers via ULULE.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Quelle a été ton expérience sur la plateforme financière ULULE ?

Il faut savoir que Ulule a été fondé fin 2010. Ce n’était pas encore un site très connu à l’époque. LA PORTE DE PIERRE a été l’un des premiers projets à se faire grâce à Ulule. Je cherchais un moyen de récolter des fonds pour mon film et je suis par hasard tombé dessus. J’ai pu récolter 1.000€ grâce aux collaborateurs Ulule et je les en remercie. Depuis, Ulule est devenu le premier site de financement participatif.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Comment s’est passé la période de pré-production ?

La préprod a commencé en octobre 2010, quand les fonds du CRRAV ont été annoncés, ce qui nous a laissés 3 mois jusqu’en janvier (date du début du tournage) pour bien préparer le film.
Nous avons décidé de tourner en studio pour mieux recréer l’univers de la chambre et des bureaux. J’ai fait le découpage technique avec un premier directeur photo, Stéphane Degnieau, qui a malheureusement dû quitter le projet pour aller travailler sur un autre film, car tous les courts métrages sont bénévoles (quasiment). C’est la passion qui les anime…

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(Dessin préparatoire du décor de LA PORTE DE PIERRE)

Puis mon 1er assistant, Nicolas Turek, s’est battu avec les 133 plans du film pour les faire tenir en dix jours. Il a fait un travail remarquable et le bon déroulement du tournage lui doit beaucoup.
Je n’ai pas story-boardé mon film. Je n’aime pas ça. Ca me freine plus qu’autre chose. Le story-board vous enferme dans un film. Un plateau est un organisme vivant. Il y a des changements, des variables, des humeurs… s’l faut improviser un plan, s’il faut s’adapter pour gagner du temps ou autre chose, je ne veux pas avoir déjà visualisé le truc en amont. Je dois pouvoir me détacher de ma vision pour m’adapter. Je ferai un story-board quand j’aurai les moyens d’avoir le temps de faire exactement ce que je veux.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Le casting s’est fait sur photo. J’avais une idée bien précise des « têtes » que je voulais et je voulais des gueules ! J’ai rencontré les 3 comédiens, Antoine Michel, Carmelo Carpenito et Bernard Debreyne et j’ai su que c’était eux. Je ne les ai pas castés, ni fait faire d’essai. J’étais sûr qu’ils étaient les bons. On a répété un peu, mais sans plus. J’ai beaucoup discuté avec Antoine. Il a fait un travail de fond pour vraiment intégrer le personnage et se l’approprier. Je pense qu’il a pris beaucoup de plaisir et le voir jouer est un régal, comme Carmelo et Bernard qui sont tout aussi formidables.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Pour la déco, j’ai dessiné les plans au sol de ce que je voulais précisément. Zoé a apporté son savoir-faire et son univers pour développer l’univers et lui donner toute son énergie, sa folie. On ne s’est jamais bridés dans la création. Zoé avait une idée, elle pouvait y aller à fond ! J’adore quand les gens peuvent se lâcher et donner le meilleur d’eux même et créer des choses. J’adore ça. Elle ma bluffé de bout en bout et chaque matin, j’hallucinais sur la beauté du décor…

Et Pierre Maîche ?
Pierre Maiche a travaillé avec moi sur une version différente du scénario. Il m’a aidé à développer l’univers visuel pour demander le Défi Jeune. Il a créé avec tout son talent, des graphic design et story-boardé une scène. Nous nous sommes perdus de vue par la suite. C’est un mec complètement fou, adorable et bourré de talent.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Dans les « NOTES DE REALISATION », tu es extrêmement dur envers ce monde et nostalgique d’un monde « passé », où la poésie et le fantastique étaient encore roi – tu veux bien développer un peu ?
Je suis un grand fan du cinéma d’antan où tout était construit, maquetté, etc…Je ne suis pas un grand partisan des fonds verts, même si j’adore les films qui en usent et abusent. Je trouve qu’avant, on laissait plus de place à l’imagination, au hors-champ comme dans LA FELINE de Tourneur où tout est dans la suggestion ou dans les films de Cocteau.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

L’expressionnisme allemand aussi ! On s’exprimait à travers tout, la lumière, les décors, les maquillages, le jeu…Tout était matière à expression, à imagination. Alors, bien sûr, aujourd’hui, ce cinéma ne peut plus exister comme avant, mais je trouve que nous ne sommes plus dans la meilleure période, l’âge d’or…
Nous sommes dans une ère où n’importe qui peut prendre un i-phone et faire un film, n’importe qui peut écrire un truc et le faire sans même y réfléchir. Et même si ça a du bon, je trouve que cela perd en créativité, en exigence et que du coup, le niveau baisse. Les chefs-d’œuvre se font rares et tout le monde pense que cela peut se faire sans travail, sans imagination, sans poésie, sans folie.

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(Le tableau: LA CHUTE DES DAMNES de Rubens)

Faisons un parallèle avec la peinture. Pour réaliser LA CHUTE DES DAMNES, il a fallu que Rubens réfléchisse à son tableau, qu’il fasse un croquis, une sous-couche, qu’il choisisse ses pinceaux, ses couleurs, qu’il fasse des essais, qu’il prenne de la distance, etc… il ne l’a pas fait comme ça, d’un coup de crayon.
Et c’est là, que la poésie s’envole. Notre époque rend tout consommable, rapide, ne nous laisse pas le temps de penser, de concevoir, de prendre du recul, de voir les choses.

Bien sûr mon discours est plus nuancé que ça. Je suis conscient qu’il y a une contrepartie plus heureuse. Il y encore de la poésie, du rêve. Il suffit de voir LES BETES DU SUD SAUVAGE, mais c’est une partie beaucoup moins visible qu’avant. Aujourd’hui tout est fast. Fast food, fast film, fast phone, fast girl, fast drug, fast fife. On va vers la médiocrité et on se moque des gens qui veulent aller vers le haut. Je trouve ça inhumain. Bref, je suis pour plus d’exigence, d’audace même.

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(Sur le tournage de FEEL BETTER)

Sur ta page FB, tu as écrit: « Il faut toujours viser la lune car même en cas d’échec, on finit dans les étoiles » – tu veux bien élucider ?

Cette citation est d’Oscar Wilde, elle résume ma pensée et la pensée du film. Il faut mieux essayer de réaliser ses rêves, car même si on les rate, on aura vécu des choses extraordinaires, qui nous auront fait briller les yeux le temps que l’on les aura vécus.
Tu dédies la fin du film à « TOUS LES REVEURS DE CE MONDE »…
Oui, la réalité naît de nos rêves. Chacun a des rêves, chacun a envie de vivre quelque chose. Ce sont nos rêves qui nous poussent à vivre, à entreprendre, à s’entourer, à avancer.

FUTUR IMMEDIAT

Est-ce que tu suis un peu l’actualité des courts-métrages ou est-ce que tu t’intéresses aux courts des autres ou pas du tout ?
Pas trop, je suis un peu autiste là-dessus, même si j’adore voir un beau court-métrage, comme VOICE OVER, un superbe film où tous les ingrédients du court sont présents. C’est extrêmement difficile de faire un bon court. Tout part d’une idée; il faut avoir LA bonne idée et savoir la développer. VOICE OVER est un bijou.

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(Affiche de VOICE OVER)

Quels sont tes projets immédiats ?

Refaire un court avec une prod audacieuse et exigeante. Je cherche encore la bonne idée, le bon sujet. C’est très dur. Je me forme aussi à l’écriture de scénario, car écrire une histoire n’est pas aussi facile qu’on ne le pense. Tout le monde a un concept, une idée de film, mais c’est plus dur d’en faire un bon film. Je dois trouver l’histoire qui me donne envie de me battre.

Tu aimerais passer un jour au long ?

C’est le rêve ultime; mais je sais que je vais devoir écrire mon long pour passer à la réalisation et ça, ça me gave. Cette culture du réalisateur-auteur m’insupporte. Même si j’aime écrire, je préfère réaliser. De loin. Nous manquons cruellement de scénariste en France et c’est bien malheureux, car un bon réal ne fait pas forcément un bon scénariste et inversement. On peut compter les exceptions sur les doigts d’une main; mais bon…
J’espère un jour pouvoir passer au long. C’est mon vœu professionnel le plus cher. Cela demandera du sang, de la sueur et des larmes…

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Propos recueillis par Bastian Meiresonne.
Remerciements à Alexandre « Denver » Dinaut pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa patience…

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ENTRE SES DOIGTS : INTERVIEW CARRIÈRE D’ALEXANDRE DINAUT (2/3)

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Retrouvez la première partie de ce focus sur Alexandre Dinaut ICI

 

UN MONDE À PART, deuxième film pour Dick Laurent sur lequel j’ai rencontré Guillaume Duchemin, le directeur photo avec qui je travaille énormément et avec qui j’ai une grande complicité tant amicale qu’artistique.

UN MONDE… est un poème triste. Une sorte d’allégorie d’une société qui fait de nous des pantins. On a tourné 50 plans en 2 jours. C’était le 1er film après la grosse machine LA PORTE… Si j’avais travaillé avec 120 personnes sur LA PORTE…, sur LE MONDE…, nous étions une petite équipe, travaillant à l’instinct, ça m’a fait du bien. Et j’ai découvert un super chef op.

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(Vladimir Peeters sur le tournage d’EDWARD)

EDWARD, une pub SFR pour laquelle j’ai remporté le 1er prix européen et le prix du public. 2 jours de tournage et la rencontre avec un grand steadicamer, Vladimir Peeters. Un grand mouvement de caméra. Un petit kiff à la Tim Burton et celui d’être dans la peau d’EDWARD AUX MAINS D’ARGENT  (le meilleur Burton.)

Le clip de GREENSHAPE, FEEL BETTER: première fois que je suis confronté à une production externe, parisienne. Je découvre la pression, les tensions, les besoins, de les desiderata du producteur… Dur tournage aussi, de nuit, sous la flotte… j’ai ressenti une vraie cohésion avec mon équipe. C’est dans ces moments là où on sent la force des grandes équipes!

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(L’équipe du tournage FEEL BETTER)

ENTRE MES DOIGTS, un film de commande pour la journée mondiale anti-tabac. Vincent Legrand, artiste de talent, que j’ai rencontré sur LA FORET est venu me chercher pour réaliser ce film. Il a écrit le scénario et je l’ai mis en image. J’avais envie d’un truc à la Tarantino, bien cool et bien cynique. Je suis fan de Tarantino depuis mes 16 ans, je faisais des cassettes compil’ avec tous ses films (même ceux sur lequel il n’est intervenu qu’en tant que scénariste) et je n’avais jamais eu les couilles de m’atteler à son univers (sauf sur JOUE ET CREVE). Là, j’avais un super perso, une super ambiance et un super discours. Encore une fois, Jean Maximilien est excellent.

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(Affiche ENTRE MES DOIGTS)

Ce film est destiné à être diffusé dans tous les collèges du Nord Pas de Calais pour la prévention anti-tabac. Il a été très bien reçu ! Même des mômes de 6 ans en parlent à la télé en interpellant Jean-Max avec des « tu ne me contrôles pas !  » Drôle. Je suis très fier de ce film.

Depuis, nous avons tourné deux pubs tirées du film : CLOPOGENCYL. (clopogencyl.com)

LACRIMA était mon troisième film pour le festival WELCOME TO ALABAMA de l’association Dick Laurent. Ce film a une histoire particulière: Dick Laurent sort les contraintes pour le festival en janvier pour un rendu du film en Avril. Les contraintes étaient : 1.un synopsis : Se rendant compte qu’elle est en train de disparaître, une personne ouvre les yeux sur une autre réalité. 2. Une ellipse 3. un bruit à intégrer au film.

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(Extrait de LACRIMA)

Dès que j’ai eu connaissance des contraintes, je me suis mis à réfléchir, mais sans succès. Rien. Si, j’avais bien une histoire, mais qui aurait nécessité des gros moyens. Les mois passaient et finalement il ne me restait plus guère que 2 semaines. J’étais inquiet. Et puis un jour, mon chef opérateur Guillaume Duchemin, m’emmène sur un décor qu’il avait trouvé et sur lequel il avait tourné. C’était une immense usine désaffectée avec des meubles antiques exposés…

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(Sur le tournage de LACRIMA)

Je repère, je rentre chez moi et le soir j’écris LACRIMA. Le décor m’avait inspiré et j’avais réussi à mettre tout ce que je voulais mettre dans le film. On l’a préparé, tourné, monté en 10 jours pour le rendre à temps.

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(Extrait de LACRIMA)

J’aime aussi ce film, car il y a deux morceaux du requiem de Mozart que je connais par cœur. Il fut un temps où j’écoutais du Mozart en boucle. J’ai adoré mettre ce requiem dans LACRIMOSA, qui est aussi le point de départ du film. J’ai découvert, que Lacrima veut dire « larme » en latin et je me suis dit, que nous naissons dans nos larmes et mourons dans les larmes d’un autre.

J’adore les boucles. Retourner la situation initiale et fermer la boucle avec une autre perspective.

L’INDIEN de Rodrigue et un clip. J’étais fan de Rodrigue (un artiste de la région) avant même de travailler avec lui. Après avoir vu la pub SFR, il m’a convié à un de ces concerts pour voir si je pourrai éventuellement réaliser son nouveau clip. J’étais vraiment très content ! Nos univers se marient bien et travailler avec des gens dont je suis fan, c’est du bonheur !

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(Tournage de l’INDIEN)

Nous avons écrit le scénar’ à quatre mains et nous avons tourné le clip en 3 nuits. Un pur plaisir, d’autant plus que beaucoup de plans étaient à l’épaule et que ça pouvait le mettre en danger. Je suis un control freak du cadre, au millimètre près. Et là, j’étais sans filet et ça a débloqué plein de choses. L’envie d’être moins dans le contrôle. Plus dans l’action.

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(Extrait de l’INDIEN)

Actuellement, je suis lié à une série, GARICK, dont je ne peux pas encore trop en parler. Elle est en recherche de financements, mais c’est une série écrite et produite par Sophie Robert. Un bel univers et une putain d’ambition Si ça marche, ça va dépoter.

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(Affiche de GARICK)

Tu as évoqué ton amour pour Mozart, mais le jazz tient également une grande importance dans tes courts !

Le jazz me suit depuis tout petit. J’ai été bercé toute mon enfance par cette musique que je trouve extrêmement cinématographique. J’aime ce côté « cool-classe » du jazz. J’aimerais pouvoir réaliser un jour un film de gangsters rien qu’avec du jazz… Mais c’est cher…

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(Extrait de CITIZEN KANE d’Orson Welles)

Quelles sont tes influences cinématographiques ?

OULA ! Vaste sujet ! Je marche beaucoup aux réalisateurs. Wiene, Chaplin, Kane, Ferrara, Scorsese, Cocteau, Spielberg, Lynch, Fincher, Zemeckis, Shyamalan…etc…et tant d’autres…Fincher est sans doute celui dont je me sens le plus proche. Il me fait chavirer à chaque fois. La précision de sa mise en scène est un bonheur. Scorsese est magique aussi et Spielberg maîtrise le mouvement comme personne d’autre. Chacun a sa patte. Chacun a des atouts qui m’attirent. Quand je prépare un gros film, j’essaye de choisir trois films. Pour LA PORTE, c’était CITIZEN KANE de Welles, THE BARBER des Coen et LA NUIT DU CHASSEUR de Laughton. 3 chefs-d’œuvre.

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(Extrait de LA NUIT DU CHASSEUR)

La dernière claque, ce fut SAMSARA que je conseille à la terre entière. SI Dieu avait pris une caméra, il aurait fait ce film… Mais le film que j’ai le plus vu doit être QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT?

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(Extrait de QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT?)

OUVERTURE VERS UN AUTRE MONDE

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(Extrait de LA PORTE DE PIERRE)

Comment as-tu eu l’idée de LA PORTE DE PIERRE ?

Je travaillais au service après vente chez BUT et je détestais ce job. J’avais eu une formation de merde d’une semaine et je me faisais royalement chier…Une nuit j’ai fait un cauchemar, où il y avait tout ce que je reproduis dans mon film: la porte aux cris, les bureaux, le directeur. Sauf que quand j’entrais dans la chambre, la chambre prenait feu et le directeur devenait le diable…Quand je me suis réveillé, je me suis dit que ça ferait un putain de super film !

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(Extrait de l’INDIEN)

Grosso modo, LA PORTE DE PIERRE est l’adaptation du cauchemar que j’ai fait il y a maintenant 12 ans…et je me suis dit que pour réaliser mon rêve (faire un film pro), je devais réaliser mon cauchemar :-) Pour l’anecdote, nous avons la chambre et les bureaux en studio. A la fin du premier jour de tournage, j’ai décidé de rester dormir dans la chambre de Pierre sur le plateau. Ce fut un moment incroyable pour moi. Dormir dans son rêve est une chose rare. Ce fut vraiment intense et fou. Un souvenir magique que je n’oublierai jamais.

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(Extrait de LA PORTE DE PIERRE)

Pourquoi passer de la couleur à un univers N / B ?

J’ai voulu créer un monde très graphique et expressif, créer une rupture. Je me suis donc tourné vers l’expressionnisme allemand, où la lumière tient un rôle primordial. J’ai voulu jouer avec la lumière, couper les espaces, créer des lignes tranchées. Mon directeur photo Eric Alirol a su magnifiquement refléter mes envies.
La décoratrice, Zoé Goethgeluck a aussi fait un travail magnifique pour donner vie à mes envies. Tout le monde a d’ailleurs été magnifique.

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(Extrait de LA PORTE DE PIERRE)

Le monde dans lequel plonge Pierre est manichéen. Il n’y a pas de milieu. Tout est noir et blanc, sauf Pierre, qui est « gris », car entre les deux. J’ai toujours aimé distinguer le rêve de la réalité. Déjà dans IRREMISSIBLE, sauf que c’est l’inverse, c’est le fantasme qui est en couleur et la vie, l’ennui qui est en N&B.

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(Extrait de LA PORTE DE PIERRE)

J’essaye de penser ma mise en scène et d’utiliser tous les outils de la narration cinématographique pour rendre mon univers cohérent. Le cinéma est un art complet. Il faut donc que tout s’inscrive dans une logique. Créer un monde demande du travail, de l’exigence, de la cohérence. Chaque chose à son importance et tout a un rôle. Je ne sais plus quel réal a dit: « Etre réal, c’est dire oui ou non ». C’est l’effet que ça m’a fait. Tout le monde vous pose des questions sur ce que vous voulez ou pas. Et vous devez répondre. Vous devez connaitre votre monde, votre vision du film. Si vous hésitez, c’est que vous n’avez pas assez travaillé votre univers, votre vision. Enfin, c’est mon avis sur le métier de réalisateur.

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(Alexandre Dinaut sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

J’ai lu quelque part, que tu voulais aller du Noir vers le blanc, mais j’ai pensé plutôt l’inverse en voyant ton film: au début tout est éclairé, puis progressivement le noir envahit tout l’espace.

C’est vrai, dans le « cauchemar », cette volonté est inversée, mais si tu regardes de plus près, le film commence sur le plan d’une porte dans le noir. Le monde extérieur à Pierre est noir, alors qu’à la fin, quand il sort, il retrouve du blanc. Le monde est devenu comme une feuille blanche où il va pouvoir dessiner sa vie.

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(Extrait de LA PORTE DE PIERRE)

Bastian.

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ENTRE SES DOIGTS : Interview carrière d’Alexandre Dinaut (1/3)

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(Extrait de GREENSHAPE / FEEL BETTER)
Il n’y a pas que le festival COURTMETRANGE dans notre vie…

Voici venir une petite bulle d’air, qui inaugure une série de portraits de réalisateurs, dont nous avons croisé le chemin au détour d’un couloir de festival, au cours de notre  sélection ou par le biais de notre page Facebook – comme dans le cas d’Alexandre Dinaut.

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(Alexandre Dinaut sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Alexandre avait soumis son court-métrage au comité de sélection pour l’édition du festival COURTMETRANGE de 2012 et c’est avec beaucoup de plaisir, que nous l’avons retrouvé via notre page Facebook. Une belle occasion pour remettre en avant son extraordinaire LA PORTE DE PIERRE et de nous intéresser davantage à son travail.

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(Affiche de LA PORTE DE PIERRE)

N’hésitez pas à poster vos travaux sur notre mur et de nous contacter pour éventuellement faire part de cette galerie de portraits et partager votre expérience, vos impressions et votre travail avec nos lecteurs.

ESPRIT, ES-TU LA ?

Est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots ?

J’ai 34 ans. J’habite Lille, mais je suis originaire des environs de Valenciennes, où j’ai grandi à la campagne. Je suis cadreur/monteur intermittent. Travail alimentaire, je me passionne pour le cinéma et réalise des films dès que je peux. Je vais bientôt donner des cours d’analyse filmiques et de direction d’acteurs, ce qui me ravit, car j’adore transmettre ma passion du cinéma.

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(Sur le tournage de EDWARDSFR)

Le cinéma a-t-il toujours été ta passion ?

Oui, toujours. Je m’éclatais comme un fou à monter des petits films de familles à l’aide de deux magnétoscopes.
C’est mon père, qui m’a transmis la passion pour le cinéma. Il me forçait à regarder des films quand j’étais petit. Il m’a ouvert la voie à un monde nouveau; mais cette passion peut être dévorante aussi. Je ne pense qu’à ça, tout le temps…

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(Extrait de L’INDIEN)

Comment es-tu venu au cinéma ?

Comme j’ai voulu faire du cinéma, j’ai tenté intégrer un BTS audiovisuel à Tourcoing, mais j’ai été refusé à cause de ma moyenne trop faible. Mon bac en poche, je me suis inscrit à la fac de Valenciennes pour faire un DEUG STPI (sciences et techniques pour ingénieur) pour enchaîner sur une licence audiovisuelle.
Mes études n’ayant aucun rapport avec le cinéma (physique, chimie, maths…), je me suis davantage passionné pour le ping-pong, le jeu de fléchettes et les bars… Après avoir vainement tenté de repasser ma 1ère année, je me suis rapidement retrouvé à boire des coups à la cafétéria (comme Hélène et les garçons…)
Du coup, l’échec cuisant de la fac et l’opprobre de mes parents m’ont poussé à me réorienter vers un BTS Action Commerciale en alternance avec DECATHLON avant d’enchaîner d’autres petits boulots, comme dans la téléphonie.
C’est Eve-Tatiana, ma petite amie à l’époque et épouse aujourd’hui, qui m’a poussé à refaire ce que j’aimais…du cinéma après deux ans de galère. J’ai donc intégré la fac de Lille 3 (Option Cinéma Scénario) en réalisant des courts auto-produits en parallèle…

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Tu pourrais nous parler de ta période dans le milieu de la téléphonie, qui a certainement été source d’inspiration pour LA PORTE DE PIERRE ?

J’ai travaillé quatre mois chez Orange en tant que conseiller technique. Le plus dur était d’attendre les appels – en moyenne 200 appels par jour, c’est très lassant. Mais c’est surtout l’open-space qui m’insupportait. Déjà, que je n’aime pas le travail en bureau, le fait d’être « parqué » m’était d’autant plus pénible. J’ai eu vraiment du mal avec certains de mes supérieurs, qui jouaient au « petit chef, » qui voulaient que tout aille toujours plus vite et nous faire penser plus qu’à l’entreprise….

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(Extrait de PERSONA)

LES PETITS FILMS FONT LES GRANDES ŒUVRES

Qu’est-ce que DENVERCONCEPT ?

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(Logo DENVERCONCEPT )

DENVERCONCEPT est une sorte de structure « fantôme », que j’ai créée pour financer mes films. Elle n’a d’autre finalité, que de me permettre d’avoir un statut légal pour monter des dossiers de financements. Finalement, elle est devenue mon image de marque… Je n’ai pas le temps de financer d’autres projets ou d’autres artistes même si j’aimerais beaucoup pouvoir le faire…

Parle-nous de tes premiers courts…

Mon premier court métrage, GUS, est l’initiative d’un de mes amis, Alexis qui m’a demandé si je voulais faire un film. Je ne le remercierai jamais pour m’avoir permis de me faire me premières armes. Le scénario est de mon meilleur ami, Julien qui a dessiné les portes dans LA PORTE DE PIERRE

Ensuite, j’ai continué avec la petite caméra que ma femme m’a achetée. Je ne la remercierai jamais assez pour tout ce qu’elle a fait pour moi… J’ai fait plein de petits films avec cette caméra, ce qui a petit à petit permis d’affiner ma mise en scène…

CONTRE-TEMPS est un délire avec un pote de la fac, Thomas Sametin, devenu réalisateur depuis. On a écrit le scénario en deux heures, bouclé le tournage en une après-midi et Thomas a monté en quelques jours à peine. Un bon délire, où j’ai pris un malin plaisir à tenir un rôle :-)

TAKE TEN est une catharsis. C’est ma femme, Eve-Tatiana qui joue dedans. Je venais de revoir tous les Scorsese au ciné. Ce film reste l’un de mes préférés.

JOUE ET CREVE est la première rencontre avec l’acteur Anthony Xerra, qui est également le réalisateur de L’ITINERAIRE D’UN CAID avec Jo Prestia. C’était une journée de tournage bien fun, à l’arrache, à l’impro, à l’instinct.

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(Affiche IRREMISSIBLE)

On a enchaîné sur IRREMISSIBLE avec un peu plus de moyens et d’envie. C’est la première fois que je dirigeais beaucoup de figurants.

LA FORET AUX MILLE MORTS est un projet mort-né. Le film avait été pensé pour être diffusé lors des concerts d’une artiste. Elle ne s’est jamais produite sur scène, le film n’a donc plus aucun intérêt et n’est plus visible nulle part. Ce film m’a beaucoup appris, car on a tourné 5 weekends de suite, en pleine forêt en plein hiver et de nuit. Il faut tenir la longueur et savoir où on va.

PERSONA est le film qui a tout changé. J’ai répondu à un appel à projets de l’association Dick Laurent, WELCOME TO ALABAMA qui imposait un certain nombre de contraintes de tournage. Eric Deschamps (réalisateur et fondateur de l’association) m’a poussé à réaliser un film.

J’ai beaucoup hésité avant de me lancer. Le film devait être rendu avant le 20 avril. J’ai commencé à écrire le 15 pour tourner les 16 et 17 avril pour le monter dans la foulée. Le film a été fini juste à temps. Je me suis fortement inspiré de la scène extrêmement puissante de la 25IEME HEURE de Spike Lee avec Edward Norton. Je m’en suis très fortement inspiré pour réaliser une scène de même intensité. Je suis content que les gens aient pu voir la filiation. Je l’assume totalement.

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(Extrait de PERSONA)

PERSONA est un cri. La « persona » chez Jung est le masque que nous portons dans la société pour cacher notre vraie personnalité. A la base, c’était le masque que porte le chœur au théâtre pour déclamer son texte. Je m’en suis servi pour déclamer un cri et révéler l’identité qui se cache en chacun de nous. La musique est signée Ludovico Einaudi (compositeur des INTOUCHABLES).

Auparavant, j’avais réalisé un autre court, MYTHIQUE sur une autre musique d’Einaudi, en N&B, aussi avec un masque. On a voulu réaliser une variation sur le même thème avec mon acteur Alexandre Lesne.

PERSONA a été un vrai élément déclencheur. Le film a motivé tout un tas de gens à vouloir s’engager dans mon film suivant…J’ai pu recruter beaucoup de personnes – dont l’acteur principal, Antoine Michel – grâce à ce film…Pour moi, il y a un avant et un après PERSONA.

Ensuite, LA PORTE DE PIERRE… L’instant magique où tout prend vie. Où on rentre dans un autre monde, où nos rêves se réalisent. Un grand moment !

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(Extrait de LA PORTE DE PIERRE)

Puis UN MONDE À PART, deuxième film pour Dick Laurent sur lequel j’ai rencontré Guillaume Duchemin, le directeur photo avec qui je travaille énormément et avec qui j’ai une grande complicité tant amicale qu’artistique.

UN MONDE… est un poème triste. Une sorte d’allégorie d’une société qui fait de nous des pantins. On a tourné 50 plans en 2 jours. C’était le 1er film après la grosse machine LA PORTE… Si j’avais travaillé avec 120 personnes sur LA PORTE…, sur LE MONDE…, nous étions une petite équipe, travaillant à l’instinct, ça m’a fait du bien. Et j’ai découvert un super chef op.

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(Vladimir Peeters sur le tournage d’EDWARD)

A suivre …

Propos recueillis par Bastian Meiresonne

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L’art pour lard

Bad Taste

Aujourd’hui, Court Métrange vous propose un temps culturel sur la problématique suivante : Qu’est ce que l’art ? L’occasion de réfléchir tous ensemble, à travers des exemples de grands auteurs de notre siècle, sur la définition de l’art, le vrai, l’art noble (le seul pour lequel Court Métrange oeuvre bien sûr).

L’art possède de multiples sens. Mais à l’origine, l’art du latin « ars, artis », désigne le métier, et le savoir faire, c’est-à-dire la capacité dont dispose l’homme de transformer la matière avec son intelligence. Un exemple tout de suite, avec une magnifique réappropriation du Danube Bleu de Johann Strauss et la démonstration que l’homme sait utiliser, et adapter, sa matière grise aux circonstances les plus urgentes : (Escalator / Patrick Scott / Etats Unis)

Reprenons mes chers élèves : En effet, l’art représente toutes les productions d’objets artificiels grâce au moyen de la technique. Il ne faut ainsi pas confondre l’art de l’artisan et du technicien, l’art du savoir faire, avec l’art de l’artiste, les beaux-arts etc… Au départ, il n’y a pas dans l’art de distinction entre l’utile et le beau. Pour mieux analyser cette pensée, voici une illustration édifiante d’un art, l’animation, au service d’une cause pourtant dévaluée : les flatulences. De l’art et du cochon en sorte : (Burp / Geuntae Park)

En fait, l’art qui est un terme général désignant « la technique », se divise en une multitude de catégories et de sous-catégories. L’art associé à la technique se désigne comme le savoir faire, l’adresse et le talent. Le savoir-faire est un art appliqué à la réalisation de quelque chose. Il est comme une intelligence pratique qui est mis au service de nos capacités de production. L’homme a d’ailleurs tendance à faire ce qu’il peut avec ce qu’il a, voir, le peu qu’il possède. N’oubliez donc pas les Métrangiens, de ne jamais séparer l’art et la manière : (A une minute près / Gregory Le Fourn / France)

Plus généralement, on peut appeler cet art, l’adresse et le talent, grâce auxquels on peut atteindre un objectif. On distingue alors une multitude d’arts, comme l’art culinaire, botanique, poétique, militaire, artistique, musical, l’art de plaire ou encore les beaux-arts. Une question vous vient alors à l’esprit n’est ce pas ? Et le sexe dans tout çà ? Rien que pour vous, voici maintenant un contre exemple avec le premier porno-littéraire de l’histoire de l’art : (Un Orgasme / Fred Joyeux / France)

Mais pour rendre compte du caractère spécifique des beaux-arts au sein de l’art en général, il faut ajouter à la définition générale de l’art (comme savoir-faire ingénieux), celle de l’objectif visé par les beaux-arts : la beautéLes beaux-arts se distinguent alors des autres arts, puisque l’artiste, artisans ou technicien, ingénieux ou talentueux, vise à produire non seulement des oeuvres, mais des oeuvres belles. A l’image de ce court métrage si séduisant de par sa photogénie, son rythme, ses personnages, sa morale … L’art pour l’art n’a jamais aussi bien été illustré : (Thanks, Smokey / Patrick Scott)

Qu’on ne vienne pas dire que Court Métrange n’est pas LE festival du bon goût maintenant ! Nous aimons les choses simples mais raffinées, la beauté du geste à l’acte de création, la condition humaine et l’emprise du temps sur elle. Autant de sujet, de passion, qui anime notre motivation d’être le festival du beau, être une somptueuse vitrine dédiée à l’art noble, dans tout les sens du terme…

Ah oui, si vous voulez du cul, des boobs, des tentacules, une anorexique célèbre et du son à s’en faire péter les tympans, c’est par ici : (Huoratron / Corporate Occult)

Corporate Occult – Huoratron from Paranoid US on Vimeo.

Peut-être à bientôt pour une nouvelle caverne de l’excellence et du bon goût ladys and gentl’ !

(PS : Peut-être qu’un peu d’ironie et une pincée de sarcasme sont présents dans ce discours)

Aurélien.