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ENTRE SES DOIGTS : INTERVIEW CARRIÈRE D’ALEXANDRE DINAUT (3/3)

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Finalement l’histoire de Pierre (et de la porte) est EXTRÊMEMENT personnelle…?

Oui, très personnelle. Ce sont mes peurs, mes angoisses, mes rêves qui sont dedans. Mes choix de vie.

Quel a été ton budget et comment tu t’es pris pour faire produire ton court ?

Le budget final s’élève à 21.000 EUR. J’ai d’abord obtenu le Défi Jeune, puis le CRRAV (aujourd’hui Pictanovo) qui m’a beaucoup aidé en termes logistique et technique. J’ai mis de l’argent de ma poche et j’ai aussi eu l’aide de particuliers via ULULE.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Quelle a été ton expérience sur la plateforme financière ULULE ?

Il faut savoir que Ulule a été fondé fin 2010. Ce n’était pas encore un site très connu à l’époque. LA PORTE DE PIERRE a été l’un des premiers projets à se faire grâce à Ulule. Je cherchais un moyen de récolter des fonds pour mon film et je suis par hasard tombé dessus. J’ai pu récolter 1.000€ grâce aux collaborateurs Ulule et je les en remercie. Depuis, Ulule est devenu le premier site de financement participatif.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Comment s’est passé la période de pré-production ?

La préprod a commencé en octobre 2010, quand les fonds du CRRAV ont été annoncés, ce qui nous a laissés 3 mois jusqu’en janvier (date du début du tournage) pour bien préparer le film.
Nous avons décidé de tourner en studio pour mieux recréer l’univers de la chambre et des bureaux. J’ai fait le découpage technique avec un premier directeur photo, Stéphane Degnieau, qui a malheureusement dû quitter le projet pour aller travailler sur un autre film, car tous les courts métrages sont bénévoles (quasiment). C’est la passion qui les anime…

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(Dessin préparatoire du décor de LA PORTE DE PIERRE)

Puis mon 1er assistant, Nicolas Turek, s’est battu avec les 133 plans du film pour les faire tenir en dix jours. Il a fait un travail remarquable et le bon déroulement du tournage lui doit beaucoup.
Je n’ai pas story-boardé mon film. Je n’aime pas ça. Ca me freine plus qu’autre chose. Le story-board vous enferme dans un film. Un plateau est un organisme vivant. Il y a des changements, des variables, des humeurs… s’l faut improviser un plan, s’il faut s’adapter pour gagner du temps ou autre chose, je ne veux pas avoir déjà visualisé le truc en amont. Je dois pouvoir me détacher de ma vision pour m’adapter. Je ferai un story-board quand j’aurai les moyens d’avoir le temps de faire exactement ce que je veux.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Le casting s’est fait sur photo. J’avais une idée bien précise des « têtes » que je voulais et je voulais des gueules ! J’ai rencontré les 3 comédiens, Antoine Michel, Carmelo Carpenito et Bernard Debreyne et j’ai su que c’était eux. Je ne les ai pas castés, ni fait faire d’essai. J’étais sûr qu’ils étaient les bons. On a répété un peu, mais sans plus. J’ai beaucoup discuté avec Antoine. Il a fait un travail de fond pour vraiment intégrer le personnage et se l’approprier. Je pense qu’il a pris beaucoup de plaisir et le voir jouer est un régal, comme Carmelo et Bernard qui sont tout aussi formidables.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Pour la déco, j’ai dessiné les plans au sol de ce que je voulais précisément. Zoé a apporté son savoir-faire et son univers pour développer l’univers et lui donner toute son énergie, sa folie. On ne s’est jamais bridés dans la création. Zoé avait une idée, elle pouvait y aller à fond ! J’adore quand les gens peuvent se lâcher et donner le meilleur d’eux même et créer des choses. J’adore ça. Elle ma bluffé de bout en bout et chaque matin, j’hallucinais sur la beauté du décor…

Et Pierre Maîche ?
Pierre Maiche a travaillé avec moi sur une version différente du scénario. Il m’a aidé à développer l’univers visuel pour demander le Défi Jeune. Il a créé avec tout son talent, des graphic design et story-boardé une scène. Nous nous sommes perdus de vue par la suite. C’est un mec complètement fou, adorable et bourré de talent.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Dans les « NOTES DE REALISATION », tu es extrêmement dur envers ce monde et nostalgique d’un monde « passé », où la poésie et le fantastique étaient encore roi – tu veux bien développer un peu ?
Je suis un grand fan du cinéma d’antan où tout était construit, maquetté, etc…Je ne suis pas un grand partisan des fonds verts, même si j’adore les films qui en usent et abusent. Je trouve qu’avant, on laissait plus de place à l’imagination, au hors-champ comme dans LA FELINE de Tourneur où tout est dans la suggestion ou dans les films de Cocteau.

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

L’expressionnisme allemand aussi ! On s’exprimait à travers tout, la lumière, les décors, les maquillages, le jeu…Tout était matière à expression, à imagination. Alors, bien sûr, aujourd’hui, ce cinéma ne peut plus exister comme avant, mais je trouve que nous ne sommes plus dans la meilleure période, l’âge d’or…
Nous sommes dans une ère où n’importe qui peut prendre un i-phone et faire un film, n’importe qui peut écrire un truc et le faire sans même y réfléchir. Et même si ça a du bon, je trouve que cela perd en créativité, en exigence et que du coup, le niveau baisse. Les chefs-d’œuvre se font rares et tout le monde pense que cela peut se faire sans travail, sans imagination, sans poésie, sans folie.

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(Le tableau: LA CHUTE DES DAMNES de Rubens)

Faisons un parallèle avec la peinture. Pour réaliser LA CHUTE DES DAMNES, il a fallu que Rubens réfléchisse à son tableau, qu’il fasse un croquis, une sous-couche, qu’il choisisse ses pinceaux, ses couleurs, qu’il fasse des essais, qu’il prenne de la distance, etc… il ne l’a pas fait comme ça, d’un coup de crayon.
Et c’est là, que la poésie s’envole. Notre époque rend tout consommable, rapide, ne nous laisse pas le temps de penser, de concevoir, de prendre du recul, de voir les choses.

Bien sûr mon discours est plus nuancé que ça. Je suis conscient qu’il y a une contrepartie plus heureuse. Il y encore de la poésie, du rêve. Il suffit de voir LES BETES DU SUD SAUVAGE, mais c’est une partie beaucoup moins visible qu’avant. Aujourd’hui tout est fast. Fast food, fast film, fast phone, fast girl, fast drug, fast fife. On va vers la médiocrité et on se moque des gens qui veulent aller vers le haut. Je trouve ça inhumain. Bref, je suis pour plus d’exigence, d’audace même.

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(Sur le tournage de FEEL BETTER)

Sur ta page FB, tu as écrit: « Il faut toujours viser la lune car même en cas d’échec, on finit dans les étoiles » – tu veux bien élucider ?

Cette citation est d’Oscar Wilde, elle résume ma pensée et la pensée du film. Il faut mieux essayer de réaliser ses rêves, car même si on les rate, on aura vécu des choses extraordinaires, qui nous auront fait briller les yeux le temps que l’on les aura vécus.
Tu dédies la fin du film à « TOUS LES REVEURS DE CE MONDE »…
Oui, la réalité naît de nos rêves. Chacun a des rêves, chacun a envie de vivre quelque chose. Ce sont nos rêves qui nous poussent à vivre, à entreprendre, à s’entourer, à avancer.

FUTUR IMMEDIAT

Est-ce que tu suis un peu l’actualité des courts-métrages ou est-ce que tu t’intéresses aux courts des autres ou pas du tout ?
Pas trop, je suis un peu autiste là-dessus, même si j’adore voir un beau court-métrage, comme VOICE OVER, un superbe film où tous les ingrédients du court sont présents. C’est extrêmement difficile de faire un bon court. Tout part d’une idée; il faut avoir LA bonne idée et savoir la développer. VOICE OVER est un bijou.

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(Affiche de VOICE OVER)

Quels sont tes projets immédiats ?

Refaire un court avec une prod audacieuse et exigeante. Je cherche encore la bonne idée, le bon sujet. C’est très dur. Je me forme aussi à l’écriture de scénario, car écrire une histoire n’est pas aussi facile qu’on ne le pense. Tout le monde a un concept, une idée de film, mais c’est plus dur d’en faire un bon film. Je dois trouver l’histoire qui me donne envie de me battre.

Tu aimerais passer un jour au long ?

C’est le rêve ultime; mais je sais que je vais devoir écrire mon long pour passer à la réalisation et ça, ça me gave. Cette culture du réalisateur-auteur m’insupporte. Même si j’aime écrire, je préfère réaliser. De loin. Nous manquons cruellement de scénariste en France et c’est bien malheureux, car un bon réal ne fait pas forcément un bon scénariste et inversement. On peut compter les exceptions sur les doigts d’une main; mais bon…
J’espère un jour pouvoir passer au long. C’est mon vœu professionnel le plus cher. Cela demandera du sang, de la sueur et des larmes…

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(Sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

Propos recueillis par Bastian Meiresonne.
Remerciements à Alexandre « Denver » Dinaut pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa patience…

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