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ENTRE SES DOIGTS : INTERVIEW CARRIÈRE D’ALEXANDRE DINAUT (2/3)

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Retrouvez la première partie de ce focus sur Alexandre Dinaut ICI

 

UN MONDE À PART, deuxième film pour Dick Laurent sur lequel j’ai rencontré Guillaume Duchemin, le directeur photo avec qui je travaille énormément et avec qui j’ai une grande complicité tant amicale qu’artistique.

UN MONDE… est un poème triste. Une sorte d’allégorie d’une société qui fait de nous des pantins. On a tourné 50 plans en 2 jours. C’était le 1er film après la grosse machine LA PORTE… Si j’avais travaillé avec 120 personnes sur LA PORTE…, sur LE MONDE…, nous étions une petite équipe, travaillant à l’instinct, ça m’a fait du bien. Et j’ai découvert un super chef op.

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(Vladimir Peeters sur le tournage d’EDWARD)

EDWARD, une pub SFR pour laquelle j’ai remporté le 1er prix européen et le prix du public. 2 jours de tournage et la rencontre avec un grand steadicamer, Vladimir Peeters. Un grand mouvement de caméra. Un petit kiff à la Tim Burton et celui d’être dans la peau d’EDWARD AUX MAINS D’ARGENT  (le meilleur Burton.)

Le clip de GREENSHAPE, FEEL BETTER: première fois que je suis confronté à une production externe, parisienne. Je découvre la pression, les tensions, les besoins, de les desiderata du producteur… Dur tournage aussi, de nuit, sous la flotte… j’ai ressenti une vraie cohésion avec mon équipe. C’est dans ces moments là où on sent la force des grandes équipes!

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(L’équipe du tournage FEEL BETTER)

ENTRE MES DOIGTS, un film de commande pour la journée mondiale anti-tabac. Vincent Legrand, artiste de talent, que j’ai rencontré sur LA FORET est venu me chercher pour réaliser ce film. Il a écrit le scénario et je l’ai mis en image. J’avais envie d’un truc à la Tarantino, bien cool et bien cynique. Je suis fan de Tarantino depuis mes 16 ans, je faisais des cassettes compil’ avec tous ses films (même ceux sur lequel il n’est intervenu qu’en tant que scénariste) et je n’avais jamais eu les couilles de m’atteler à son univers (sauf sur JOUE ET CREVE). Là, j’avais un super perso, une super ambiance et un super discours. Encore une fois, Jean Maximilien est excellent.

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(Affiche ENTRE MES DOIGTS)

Ce film est destiné à être diffusé dans tous les collèges du Nord Pas de Calais pour la prévention anti-tabac. Il a été très bien reçu ! Même des mômes de 6 ans en parlent à la télé en interpellant Jean-Max avec des « tu ne me contrôles pas !  » Drôle. Je suis très fier de ce film.

Depuis, nous avons tourné deux pubs tirées du film : CLOPOGENCYL. (clopogencyl.com)

LACRIMA était mon troisième film pour le festival WELCOME TO ALABAMA de l’association Dick Laurent. Ce film a une histoire particulière: Dick Laurent sort les contraintes pour le festival en janvier pour un rendu du film en Avril. Les contraintes étaient : 1.un synopsis : Se rendant compte qu’elle est en train de disparaître, une personne ouvre les yeux sur une autre réalité. 2. Une ellipse 3. un bruit à intégrer au film.

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(Extrait de LACRIMA)

Dès que j’ai eu connaissance des contraintes, je me suis mis à réfléchir, mais sans succès. Rien. Si, j’avais bien une histoire, mais qui aurait nécessité des gros moyens. Les mois passaient et finalement il ne me restait plus guère que 2 semaines. J’étais inquiet. Et puis un jour, mon chef opérateur Guillaume Duchemin, m’emmène sur un décor qu’il avait trouvé et sur lequel il avait tourné. C’était une immense usine désaffectée avec des meubles antiques exposés…

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(Sur le tournage de LACRIMA)

Je repère, je rentre chez moi et le soir j’écris LACRIMA. Le décor m’avait inspiré et j’avais réussi à mettre tout ce que je voulais mettre dans le film. On l’a préparé, tourné, monté en 10 jours pour le rendre à temps.

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(Extrait de LACRIMA)

J’aime aussi ce film, car il y a deux morceaux du requiem de Mozart que je connais par cœur. Il fut un temps où j’écoutais du Mozart en boucle. J’ai adoré mettre ce requiem dans LACRIMOSA, qui est aussi le point de départ du film. J’ai découvert, que Lacrima veut dire « larme » en latin et je me suis dit, que nous naissons dans nos larmes et mourons dans les larmes d’un autre.

J’adore les boucles. Retourner la situation initiale et fermer la boucle avec une autre perspective.

L’INDIEN de Rodrigue et un clip. J’étais fan de Rodrigue (un artiste de la région) avant même de travailler avec lui. Après avoir vu la pub SFR, il m’a convié à un de ces concerts pour voir si je pourrai éventuellement réaliser son nouveau clip. J’étais vraiment très content ! Nos univers se marient bien et travailler avec des gens dont je suis fan, c’est du bonheur !

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(Tournage de l’INDIEN)

Nous avons écrit le scénar’ à quatre mains et nous avons tourné le clip en 3 nuits. Un pur plaisir, d’autant plus que beaucoup de plans étaient à l’épaule et que ça pouvait le mettre en danger. Je suis un control freak du cadre, au millimètre près. Et là, j’étais sans filet et ça a débloqué plein de choses. L’envie d’être moins dans le contrôle. Plus dans l’action.

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(Extrait de l’INDIEN)

Actuellement, je suis lié à une série, GARICK, dont je ne peux pas encore trop en parler. Elle est en recherche de financements, mais c’est une série écrite et produite par Sophie Robert. Un bel univers et une putain d’ambition Si ça marche, ça va dépoter.

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(Affiche de GARICK)

Tu as évoqué ton amour pour Mozart, mais le jazz tient également une grande importance dans tes courts !

Le jazz me suit depuis tout petit. J’ai été bercé toute mon enfance par cette musique que je trouve extrêmement cinématographique. J’aime ce côté « cool-classe » du jazz. J’aimerais pouvoir réaliser un jour un film de gangsters rien qu’avec du jazz… Mais c’est cher…

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(Extrait de CITIZEN KANE d’Orson Welles)

Quelles sont tes influences cinématographiques ?

OULA ! Vaste sujet ! Je marche beaucoup aux réalisateurs. Wiene, Chaplin, Kane, Ferrara, Scorsese, Cocteau, Spielberg, Lynch, Fincher, Zemeckis, Shyamalan…etc…et tant d’autres…Fincher est sans doute celui dont je me sens le plus proche. Il me fait chavirer à chaque fois. La précision de sa mise en scène est un bonheur. Scorsese est magique aussi et Spielberg maîtrise le mouvement comme personne d’autre. Chacun a sa patte. Chacun a des atouts qui m’attirent. Quand je prépare un gros film, j’essaye de choisir trois films. Pour LA PORTE, c’était CITIZEN KANE de Welles, THE BARBER des Coen et LA NUIT DU CHASSEUR de Laughton. 3 chefs-d’œuvre.

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(Extrait de LA NUIT DU CHASSEUR)

La dernière claque, ce fut SAMSARA que je conseille à la terre entière. SI Dieu avait pris une caméra, il aurait fait ce film… Mais le film que j’ai le plus vu doit être QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT?

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(Extrait de QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT?)

OUVERTURE VERS UN AUTRE MONDE

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(Extrait de LA PORTE DE PIERRE)

Comment as-tu eu l’idée de LA PORTE DE PIERRE ?

Je travaillais au service après vente chez BUT et je détestais ce job. J’avais eu une formation de merde d’une semaine et je me faisais royalement chier…Une nuit j’ai fait un cauchemar, où il y avait tout ce que je reproduis dans mon film: la porte aux cris, les bureaux, le directeur. Sauf que quand j’entrais dans la chambre, la chambre prenait feu et le directeur devenait le diable…Quand je me suis réveillé, je me suis dit que ça ferait un putain de super film !

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(Extrait de l’INDIEN)

Grosso modo, LA PORTE DE PIERRE est l’adaptation du cauchemar que j’ai fait il y a maintenant 12 ans…et je me suis dit que pour réaliser mon rêve (faire un film pro), je devais réaliser mon cauchemar :-) Pour l’anecdote, nous avons la chambre et les bureaux en studio. A la fin du premier jour de tournage, j’ai décidé de rester dormir dans la chambre de Pierre sur le plateau. Ce fut un moment incroyable pour moi. Dormir dans son rêve est une chose rare. Ce fut vraiment intense et fou. Un souvenir magique que je n’oublierai jamais.

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(Extrait de LA PORTE DE PIERRE)

Pourquoi passer de la couleur à un univers N / B ?

J’ai voulu créer un monde très graphique et expressif, créer une rupture. Je me suis donc tourné vers l’expressionnisme allemand, où la lumière tient un rôle primordial. J’ai voulu jouer avec la lumière, couper les espaces, créer des lignes tranchées. Mon directeur photo Eric Alirol a su magnifiquement refléter mes envies.
La décoratrice, Zoé Goethgeluck a aussi fait un travail magnifique pour donner vie à mes envies. Tout le monde a d’ailleurs été magnifique.

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(Extrait de LA PORTE DE PIERRE)

Le monde dans lequel plonge Pierre est manichéen. Il n’y a pas de milieu. Tout est noir et blanc, sauf Pierre, qui est « gris », car entre les deux. J’ai toujours aimé distinguer le rêve de la réalité. Déjà dans IRREMISSIBLE, sauf que c’est l’inverse, c’est le fantasme qui est en couleur et la vie, l’ennui qui est en N&B.

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(Extrait de LA PORTE DE PIERRE)

J’essaye de penser ma mise en scène et d’utiliser tous les outils de la narration cinématographique pour rendre mon univers cohérent. Le cinéma est un art complet. Il faut donc que tout s’inscrive dans une logique. Créer un monde demande du travail, de l’exigence, de la cohérence. Chaque chose à son importance et tout a un rôle. Je ne sais plus quel réal a dit: « Etre réal, c’est dire oui ou non ». C’est l’effet que ça m’a fait. Tout le monde vous pose des questions sur ce que vous voulez ou pas. Et vous devez répondre. Vous devez connaitre votre monde, votre vision du film. Si vous hésitez, c’est que vous n’avez pas assez travaillé votre univers, votre vision. Enfin, c’est mon avis sur le métier de réalisateur.

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(Alexandre Dinaut sur le tournage de LA PORTE DE PIERRE)

J’ai lu quelque part, que tu voulais aller du Noir vers le blanc, mais j’ai pensé plutôt l’inverse en voyant ton film: au début tout est éclairé, puis progressivement le noir envahit tout l’espace.

C’est vrai, dans le « cauchemar », cette volonté est inversée, mais si tu regardes de plus près, le film commence sur le plan d’une porte dans le noir. Le monde extérieur à Pierre est noir, alors qu’à la fin, quand il sort, il retrouve du blanc. Le monde est devenu comme une feuille blanche où il va pouvoir dessiner sa vie.

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(Extrait de LA PORTE DE PIERRE)

Bastian.